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Voici un curieux objet, texte un peu foutraque et détraqué dans le bon sens, baroque. La trame? Parlons plutôt de point de départ. Le narrateur, un écrivain sans le sou qui vit seul dans un petit studio parisien, présente à Mickaël Cimino un scénario de 700 pages sur la vie de Melville, l'auteur de Moby Dick, ou plus précisément sur la pensée du grand écrivain, comparable, pour citer le narrateur qui cite Melville à propos de son cachalot, à " l' intérieur mystiquement alvéolé de sa tête". Tout un programme... Pour ma part je dirais simplement que Tiens ferme ta couronne cause d'amour et de désir, de littérature, de cinéma et d'art en général, bref de la beauté et du mystère de la vie quoi, et qu'il suit les périgrinations souvent cocasses du narrateur. Pérégrinations artistiques donc puisqu'au fil du texte nous sommes amenés à revisiter Moby Dick, La porte du paradis de Cimino, en passant par Apocalypse now de Coppola ou encore Les métamorphoses d'Ovide, pour finir devant le Retable d'Issenhein et sa crucification du Christ. Ah j'oubliais, vous rencontrerez aussi dans ce livre Isabelle Huppert et un serveur de restaurant sosie d'Emmanuel Macron, un chien mystérieusement disparu nommé Sabbat et une très belle jeune femme, Léna, dont le narrateur tombe éperdument amoureux...

J'ai parfaitement conscience de la confusion de mon résumé... parler du scénario de ce roman n'est pas très judicieux car sa beauté vient d'ailleurs et pour commencer de sa liberté de narration et de ton. De son style aussi évidemment, un style très maitrisé pour justement écrire le manque de maitrise et qui passe sans complexe de la poésie la plus imagée au cocasse le plus trivial. Haenel réussit là un texte audacieux et virtuose, tout à la fois très drôle et très profond pour évoquer la place de l'art dans nos vie. Bref laissez-vous porter au gré de cette belle écriture inspirée, posez les armes. Un bon lecteur est un lecteur qui accepte de se laisser surprendre et déranger non ?

Ed Gallimard, 2017