15 mars 2017

Les apparences de Gillian Flynn

20170315_154007[1]Comment vous gâcher la lecture d'un bon thriller?

Et bien regardez l'adaptation ciné -excellente- du même thriller, en l'occurence ici Gone Girl de David Fincher. 

Vu la construction de ce roman et sa mécanique implacable, c'est toute la première partie qui m'est passée ainsi par dessus le citron, ou plutôt qui a perdu tout intérêt. Le mystère et le suspens de l'histoire en prennent un coup. En plus le film est plutôt fidèle au roman, ce qui permet, chapitre après chapitre, de se projeter dans ce qui va suivre. C'est ballot....

Heureusement Les apparences, comporte, outre une intrigue fort bien ficelée, d'autres qualités  indéniables : une féroce critique des mass médias américains et des présentateurs télévisés qui font et défont l'opinion des gens, influençant à fond la justice et la police, des personnages bien campés et ancrés dans leur Missouri natal, une vision du mariage caustique et qui ne fait pas vraiment envie, et surtout une héroïne surdouée complètement border line et redoutable, totalement givrée dans son intelligence maniaque. 

Conseil avisé vous l'avez compris : lisez le roman Les apparences d'abord puis regardez le film Gone girl, respectez scrupuleusement cet ordre, les deux sont excellents. 

PS : Je m'aperçois que je n'ai rien dit, ni de l'intrigue, ni des personnages... Sachez seulement qu'il s'agit d'une femme qui disparait... enlèvement, meurtre? Le coupable idéal devient vite le mari, d'autant plus que le journal intime de la victime ne le met pas toujours en valeur...

ed. Sonatine, 2012

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23 février 2017

Au revoir là-haut de Pierre Lemaître

 

 

 

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Et non je n'avais pas lu le Goncourt 2013, peut-être une certaine réticence snobinarde envers les prix littéraires... Mais sur les conseils avisés de gens très très avisés, je me suis lancée... Et j'ai lu Au revoir là-haut d'une traite. Prenant, impertinent, délicieux, drôle, violent, cruel, ce roman est une réussite.  Deux poilus démobilisés et revenus de la grande guerre, l'un traumatisé moralement, l'autre gueule cassée, arnaquent allègrement l'Etat qui les méprise et font la nique au patriotisme en vendant des monuments aux morts inexistants, ou plutôt qui n'existent que sur le papier. Pas à priori le genre de sujet qui me botte, et pourtant quel bon roman!

La force de ce livre repose tout d'abord sur les deux personnages principaux, remarquablement bien campés et incarnés, dans leur fragilité, leurs défauts, mais aussi leur talent d'arnaqueurs. Il faudrait dire plutôt sur le couple Albert et Edouard, car l'un ne fonctionne pas sans l'autre, ils sont complémentaires alors que tout les oppose, milieu social et caractère, une paire littéraire digne des grands duos de bande dessinée ou de cinéma. Dès le début, on est avec eux, à leur côté, on les voit, les respire et les entend, et c'est avec eux que l'on entourloupe avec jubilation les imbéciles et les puissants. Ces perdants magnifiques, anti-héros qui se rencontrent au coin d'une tranchée, tantôt pathétiques, tantôt géniaux, sont accompagnés d'une galerie de personnages irrésistibles  : médiocres quant il s'agit de se faire un nom et de s'enrichir grâce à la guerre, géniaux dans leur connerie de petits élus au service des riches, pathétique et presque bouleversant dans leur amour filial venu trop tard -je pense au père d'Edouard-, lucide et volontaire pour l'un des rares personnages féminins du roman, l'incroyable Madeleine, mariée à un con qu'elle lâchera sans regrets lorsqu'il le faudra.

A travers cette histoire rocambolesque, fondée sur des vérités historiques qui ne grandissent pas la France, et qui vous cueille dès les premières pages et ne vous lâche plus, c'est toute la panoplie des sentiments et des émotions humaines qui est passée au tamis, au fil d'une écriture qui manie tous les registres, qui fait mouche et botte en touche. Lemaître manie comme un chef l'art des phrases bien senties -"c'était un imbécile grandi par sa bêtise...."-, vous fait passer du rire aux larmes l'air de rien et tourner les pages avec gourmandise. Bon finalement y'a du très bon dans les prix Goncourt.

Ed Albin Michel, 2013

 

 

 

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10 février 2017

Fassbinder : La mort en fanfare

 

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Je ne connais pas grand-chose de Fassbinder, j'ai vu ses films les plus connus, les plus classiques : Lili Marleen, Le mariage de Maria Braun, Lola une femme allemande...   Et puis bien sûr la réputation sulfureuse du gars, sa vie chaotique, passée à filmer et à filmer encore. Mort à 37 ans, 43 films, ça laisse pantois... Le livre d'Alban Lefranc s'avère une formidable porte d'entrée vers l'univers houleux du cinéaste, et c'est aussi un livre tout à fait singulier et personnel. Sous-titré Roman, ce texte inclassable mêle réflexions et rêveries sur la personnalité du cinéaste, éléments biographiques, notes sur certains films phare, mais aussi éclairage sur l'arrière plan historique, focus sur cette jeunesse allemande prise en sandwich entre un passé nazi qui ne se digère pas et la fraction armée rouge...  thèmes chers à cet auteur germanophile. Le tout donne un livre composite et ecclectique, fait de collages textuels, un montage littéraire et cinématographique détonnant et séduisant. 

L'écriture d'Alban Lefranc se montre à la hauteur du projet, elle flirte avec tous les registres et les tons, souvent violente et exacerbée, parfois apaisée, tantôt poétique, tantôt informative ou ironique. Les passages pris en charge par le narrateur alternent avec des dialogues, des extraits réels ou réécrits de propos tenus par Fassbinder, des passages en  style indirect libre ou des monologues intérieurs, jubilatoires, éructant le mépris du cinéaste pour les hommes politiques au pouvoir ou se gaussant d'un certain cinéma honni  par ce dernier, regardé par "les bronzés, les sportifs, les délicats, les piscivores, qui marchent dans les rues avec leurs beaux habits, qui regardent au cinéma des films distingués, des films inattaquables, ce qu'on appelle, ce qu'ils appellent après les gazettes des chefs-d'oeuvre, des films sur l'incommunicabilité, des films avec des messages dedans contre la guerre, des messages dedans pour les Noirs ou les indiens, des films où les visages de Monica Vitti et d'Alain Delon souffrent en gros plan entre deux grands hôtels, où l'on souffre avec Monica Vitti et Alain Delon d'être si beaux, si riches, si malheureux, les délicats, les manucurés, les raies sur le côté, si on leur montre un marocain musculeux coucher avec une femme de soixante ans, les épaules du marocain et puis sans prévenir tout à coup sa queue en gros plan aussi, et les poils humides de sueur sur son ventre, et le visage creusé de la petite vieille recroquevillée dans sa cuisine, et les enfants de la petite vieille barricadés dans leur bon vieux racisme en croûte, alors ils deviennent hystériques, les délicats, les précieux, ils crient sur leur siège, ils appellent au secours, ils crient que c'est une monstruosité de montrer des choses pareilles, que ce n'est pas un progressiste du tout, que c'est un grand coup porté sur la tête de la démocratie en Allemagne, que c'est de la perversité pure, qu'on n'a pas idée quand même enfin". Ouf!


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La fin du récit, consacrée aux derniers moments de Fassbinder qui donne une fête orgiaque à Munich et qui jusqu'aux derniers instants n'a de cesse d'échafauder des projets de films -le dernier aurait été un film sur Mohammed Ali- , m'a scotchée, l'écriture absolument baroque et flamboyante, d'une totale liberté de forme et de ton de Lefranc maintenant le lecteur dans un état hallucinatoire au plus près de celui de l'artiste jeté dans une course folle vers sa fin.

 

Ed. Rivages, 2012

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04 février 2017

La succession de Jean-Paul Dubois

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Les premières pages s'ouvrent sur l'évocation du bonheur perdu, sur quelques années parfaites passées à Miami par Paul, joueur de pelote basque et narrateur du récit. Le roman s'achève sur le désespoir le plus noir, le poids de la fatalité ayant rattrapé Paul à l'âge de 44 ans. Il se dégage ainsi de ce roman une infinie tristesse, une atmosphère délétère et morbide qui m'a laissée toute chose longtemps après sa lecture. J'ai assisté avec empathie et révolte au lent naufrage de Paul Katrakilis, le personnage du roman, englué dans le poids de l'héritage héréditaire, et dans l'incapacité de s'extirper du destin familial vécu comme une fatalité. J'ai eu souvent eu envie de le secouer, de lui crier Pars, fuis, personne n'est obligé de répéter la triste vie de son père, de son grand-père, de sa mère et de son oncle, tous suicidés sans raisons apparentes.... rien n'y fait, le lecteur est impuissant face au compte à rebours romanesque et au terrible engrenage mis en place par Jean-Paul Dubois. 

D'un côté l'énergie du sport et des corps, mis en scène dans le jeu de la pelote basque, l'adrénaline des compétitions, l'exaltation des paris, la vie facile au bord de l'Océan à Miami, une histoire d'amour que l'on attendait pas et lumineuse....de l'autre, l'ennui d'un métier que l'on a pas choisi -la médecine-, la maladie et la mort comme seules compagnies, la mémoire du passé qui déborde et englue. La balance n'est pas équilibrée, et la seconde partie du roman, poignante, ressemble à un long glissement vers la mort annoncée. Ca fait froid dans le dos.

Un roman drôlement bien mené je trouve, au fil d'une écriture fluide et visuelle. Ca avance bien, le tout se lit comme un thriller intime et familial. Très réussi.

Ed. de l'Olivier, 2016

 

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Tropique de la violence de Nathacha Appanah

 

téléchargement (2)Tu vois, Mo, faut pas croire tout ce que tu vois, faut pas croire que je valais rien.  Va pas croire toutes ces conneries sur les mineurs isolés comme disent les gens des associations et des ONG et des comités et des secours et des croix, ils comprennent jamais rien ces gens-là. 

Je suis né ici, moi. De tous les gars, je suis le seul vrai Mahorais, j'ai mes papiers, demande-moi lequel, j'ai tout, acte de naissance, carte d'identité, j'ai même un passeport République française.

Que savons-nous de Mayotte? Et bien moi j'avoue pas grand-chose, et ce roman a eu au moins le mérite de m'ouvrir un peu les yeux. Parce que moi, je voyais Mayotte comme un petit coin de paradis... le plus beau lagon du monde, et une destination fréquente pour les enseignants qui veulent voir du pays et se faire un peu d'argent en même temps... J'ai compris avec Tropique de la violence que l'île est confrontée à une immigration de masse, qu'un habitant sur trois -je me suis renseignée- est en situation irrégulière, qu'un jeune sur trois entre 16 et 18 est illetré, et que les médias de la métropole observent en général un silence quasi général sur les manifestations de violence, les grèves et la misère qui règnent là-bas. Mais voilà Tropique de la violence n'est pas un documentaire ou un essai, c'est un roman, il faut donc trouver un angle d'attaque pour causer de tout cela, un point de vue et une écriture.
Nathacha Appanah choisit d'écrire un roman choral où tour à tour différents personnages s'expriment : Mary, Moïse son fils adoptif de quinze ans, Bruce un jeune caïd de la rue, voilà pour les trois voix principales. Lorsque Mary meurt, Moïse se retrouve à la rue et rencontre Bruce, jusqu'à ce que leur relation mène au drame. La voix de Bruce, dans sa hargne et sa volonté d'en découdre est pour moi celle qui fonctionne le mieux, et même si les procédés d'écriture s'avèrent un peu trop systématiques, avec par exemple l'omission de la ponctuation pour souligner le flow oral de Bruce et quelques mots en mahoré par ci par là pour faire local,  cette voix permet  d'incarner avec pas mal de force ce personnage violent et ambigü, à la fois victime et bourreau. 

La révolte gronde à Mayotte, mais ici, sourds à ce qui se passe là-bas, on a oublié que c'est toujours la France.

Ed Gallimard, 2016

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17 janvier 2017

Ma top liste 2016

Sur les 27 livres chroniqués par Je lisaulit en 2016 -car des livres j'en ai lus bien plus, mais sans les chroniquer tous, par manque d'inspiration à leur sujet- voici mes choix, ceux  qui resteront dans mon p'tit coeur, un choix totalement subjectif et personnel, mais sincère et passionné. 

1. 

Au commencement du septième jour de Luc Lang - Je lis au lit

Une magnifique errance intime et géographique, un road-movie existentiel et contemporain. Il doit reconnaître qu'il est proprement agrippé par l'histoire, Jean a bien fait d'insister, ce sera la première fois depuis le lycée qu'il achèvera la lecture d'un... D'un roman? Oui, un roman.

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 2.

Pour la peau de Emmanuelle Richard - Je lis au lit

Décidément je persiste et signe dans les romans d'amour. Et tournons-nous cette fois côté du point de vue féminin. Une passion resserrée dans le temps, un an à tout casser, violente et charnelle, et en guise de fin le chagrin de la séparation, L'écriture pour fixer le tout, et peut-être pour mettre à distance.

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3. 

Règne animal de Jean-Baptiste Del Amo - Je lis au lit

J'ai lu Règne animal d'une traite, ce roman est absolument fascinant. Et pourtant, quelle vision de l'humanité atroce... Nous voici immergés dans le misérable quotidien paysan d'une ferme au début du 20° siècle, jusqu'à la guerre de 14, puis bond en avant, trois générations plus tard, au coeur de la même exploitation ou plutôt de ce qu'elle est devenue dans les années 80 : un élevage industriel de porcs.

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4. 

Le garçon de Marcus Malte - Je lis au lit

Un garçon ou comment expérimenter le monde et mettre à l'épreuve l'écriture. Un roman à part dans cette rentrée littéraire 2016, un ovni, pas du tout dans la veine des livres précédents de Marcus Malte, ceux qui frisaient avec le polar, ou ceux, excellents d'ailleurs, qui étaient publiés en collection jeunesse - L'échelle de Glasglow, Scarrels, Il va venir-.

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5. 

Un paquebot dans les arbres de Valentine Goby - Je lis au lit

Alors Mathilde Blanc aura l'idée de m'écrire. elle me dira c'est l'histoire d'Aincourt , des milliers de gens comme mon père ont vécu cette histoire, des gens comme nous. Je lui dirai c'est une histoire d'amour. Après le sidérant et magnifiqueMathilde est l'héroïne de ce nouveau roman, héroïne de la vie quotidienne, avec en arrière-fond historique les trente glorieuses et la guerre d'Algérie.

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6.

Grossir le ciel de Franck Bouysse - Je lis au lit

Le ciel d'hiver comme seul échappatoire Il était persuadé que tout ce que devait faire un homme, c'était son travail, et que les buts fixés et l'occupation générée pour les atteindre étaient comme des sémaphores suffisant à éclairer la vie d'un paysan, et que toutes les interférences n'étaient que des parasites inutiles dont il était vital de se libérer au plus vite.

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7.

La cheffe, roman d'une cuisinière de Marie N'Diaye - Je lis au lit

On entre dans ce roman, et paf on est prise au piège, comme envoûtée. Charmée au sens étymologique du terme par la prose si singulière de Marie N'Diaye, qui, au fil de courts paragraphes extrêmement précis et travaillés, déroule l'existence de Gabrielle, une cuisinière partie de rien et qui devient peu à peu, à force d'exigence, de passion et de foi en son art, une Cheffe renommée.

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8.

L'amour la gueule ouverte (hypothèses sur Maurice Pialat) de Alban Lefranc - Je lis au lit

Maurice Pialat parle des femmes de sa vie et de ses films (1981) Pour vous : une empathie singulière avec la femme libre et massacrée, massacrée parce que libre. La femme qui affronte le code. Vous l'aimez parce que libre, d'une liberté crue, intransitive.

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9.

Etre ici est une splendeur. Vie de Paula M. Becker de Marie Darrieussecq. - Je lis au lit

Voici le livre d'une femme écrivain sur une femme peintre, né d'un rencontre entre un tableau donnant à voir une femme qui allaite et une mère, hommage aussi d'une artiste à une autre artiste. Littérature de femmes pour les femmes? Oui, je me hasarde à le dire, il existe une littérature féminine, mais attention je ne dis pas féministe.

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10.

Crépuscule du tourment de Léonora Miano - Je lis au lit

Je ne suis pas une petite amie qu'il emmène au restaurant après le cinéma. Il mange ce que je cuisine. Je ne suis pas une prostituée qu'il emmène à l'hôtel et paie. Il vient dans ma case. Je ne suis pas une maîtresse qu'il se désole de devoir quitter à certaines heures.

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08 janvier 2017

Petit pays de Gaël Faye

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Je connaissais Gaël Faye par son album Pili pili sur un croissant au beurrre, son flow sur des ambiances musicales métissés et des textes pas mal tournés pour dire l'exil, le tiraillement entre deux cultures, la nostalgie de l'Afrique. Ce sont les mêmes thèmes qui reviennent ici dans ce roman, gros succès de librairie cet automne, encensé par la critique littéraire, parcours sans faute dans toutes les émissions télés et radios, puis prix Goncourt des lycées, prix France Culture Télérama. Au final 400 000 mille exemplaires vendus je crois, le pactole. Donc comme tout le monde j'ai lu... cela ne m'a pas déplu mais pas vraiment plu non plus. 
Petit pays permet certes permet de nous rafraîchir la mémoire, de revenir sur l'histoire sanglante du Rwanda et du Burundi, à travers l'histoire familiale de Gabriel, double de Gaël Faye, né de père français et de mère rwandaise, une enfance bousculée par l'instabilité politique et par la tragédie menant aux massacres entre Hutus et Tutsis puis par l'exil en France à l'orée de l'adolescence. Une enfance entre rires et larmes, insouciance et violence,  au bord du lac Tanganika, marquée aussi par la mésententes des parents et par leur séparation. Ce petit pays, je le vois comme un eden perdu, le paradis de l'enfance, verdoyant, coloré et odorant, à jamais regretté. De jolis passages font ressentir la fougue et la joie de l'enfant qui passe des journées à traîner et à rigoler avec ses potes, à piquer des mangues dans les jardins,  à faire les quatre cent coups, à se bagarrer aussi. La soirée d'anniversaire des onze ans de Gaby apparaît ainsi comme un pur moment de bonheur suspendu, moment de grâce au centre du livre... avant que l'escalade  de la violence ne mène à l'insupportable puisque Gaby se retrouve à l'origine de la mort  d'un homme, pas moins que ça.

Un joli témoignage, assez bien rythmé et souvent touchant, où le souvenir du bonheur et de ce petit pays s'avère en effet bien mis en valeur, mais où le reste m'a laissée quasi de marbre faute d'une écriture digne de ce nom... Faire de ce gentil livre un des romans phare de la rentrée littéraire me semble vraiment surfait...  Bref.

 

 

 

 

 

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23 décembre 2016

Sur les chemins noirs de Sylvain Tesson

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Promis si j'en réchappe, je parcours la France à pied, se jure Sylvain Tesson sur son lit d'hôpital, après sa chute d'un toit où, légèrement imbibé de boisson, il se croyait à tort le roi du monde en faisant le guignol. Un an après, à peu près réparé, colonne vertébrale cloutée et visage de travers, le voici sur les sentiers, pas n'importe lesquels, ceux qui, oubliés et mal entretenus, traversent les départements les plus ruraux de France, ces coins dont on dit qu'ils sont enclavés.... Haute-Provence, Aveyron, Haute-Loire et bien sûr cette chère Lozère. Adieu la Sibérie, la Mongolie, le Tibet, et toutes ces destinations lointaines, Sylvain Tesson rétrécit son champ de vision, baisse ses ambitions, mais vu qu'il a cotoyé de près la mort, arpenter ces chemins noirs, à raison quand même de 20 à 40 kilomètres par jour, ressemble bel et bien à une renaissance physique et morale. 

L'affaire ressemblerait à un journal de voyage ou plutôt de randonnée de plus, essaimée de réflexions sur la France d'aujourd'hui,et  de rencontres sympathiques ou pas, de pensées plus ou moins profondes sur l'existence. C'est compter sans le sens de l'humour indéniable du gars, et de la plume qui va avec. Un genre de Stevenson sans son âne quoi... très fort lui aussi pour épingler les travers de notre époque, pour peindre en quelques phrases un paysage ou rendre compte d'une conversation incongrue.
Le tout est ma foi très agréable, on y apprend pas mal de choses mine de rien, sans avoir l'impression que l'auteur nous fait la leçon... Et puis, masqué par un sérieux sens de l'auto-dérision, Sur les chemins noirs dresse le portrait d'un homme intelligent et drôle, fragile et courageux.

Ed Gallimard, 2016.

 

 

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13 décembre 2016

La splendeur dans l'herbe de Patrick Lapeyre

 

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Plus tard, quand il serait désoeuvré, songea-t-il, il aurait tout le temps de regretter les moments dont il n'avait su profiter et de rejouer les scènes qu'il avait ratées.  Il pourrait même en réécrire les dialogues... Car leur vie ensemble avait été en fin de compte une longue conversation, continuellement recommencée, jusqu'à ce que l'un d'eux manque à l'appel, et que l'autre -lui, en l'occurrence- se retrouve seul, lesté de tout ce qu'il n'avait pas réussi à lui dire.

Un roman délicieux, faussement léger, qui l'air de ne pas y toucher, surfe sur la vague de sentiments douloureux : la souffrance d'être abandonné et le désamour, la difficulté d'y croire encore quand on a été déçu, la paralysie qui englue lorsqu'il s'agit de se lancer dans une nouvelle histoire. Homer, la quarantaine, et Sybil, se rencontrent parce que leur compagne et compagnons respectifs, c'est bête, se sont carapatés ensemble en Italie. Ils se mettent à passer du temps ensemble, d'abord pour  parler de leur vie passée et évoquer ceux qui les ont abandonnés, puis, de fil en aiguille, cette curieuse relation évolue vers une tendre amitié, puis vers un amour tout ce qu'il y a de plus platonique. Car de là à franchir le pas et à se lancer dans la fougue du désir il y a tout un roman, c'est qui fait d'ailleurs le charme un peu désuet de ce livre, récit d'une longue drague polie et maladroite, danse lente, hésitante et sans cesse reportée vers le corps de l'autre. 
Homer est un personnage blessé par la vie, un peu timide, indécis, un grand échalas dont au fil des chapitres nous découvrons le passé d'enfant couvé par une mère fantasque. Nous cheminons avec lui dans la redécouverte du sentiment amoureux, c'est de son point de vue que nous vivons cette histoire et que nous voyons cette généreuse et belle Sybil, apaisante et aux vertus tranquillisantes, lui qui a toujours besoin d'être rassuré. Pas fade pour autant, non, mais malicieuse et intelligente, et l'air de ne pas y toucher, elle semble n'en penser pas moins,  apprivoise peu à peu, sans geste brusque ni précipitation cet homme secret. 
L'écriture de Baptiste Lapeyre joue elle-aussi sur du velours et accompagne cette histoire à petit pas, sans aucune grandiloquence ni effets inutiles, par petites touches parfois drôles, parfois bouleversantes, tout en retenue. C'est super agréable, léger et profond à la fois. Il est bon de se dire avec l'auteur qu'il n'est pas indispensable d'en faire des tonnes dès qu'il s'agit de parler de chagrins d'amour, et que tout peut recommencer. Qu'il faut laisser monter le désir, savoir le goûter, le vivre sans se presser.

Ed. POL, 2016

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07 décembre 2016

Règne animal de Jean-Baptiste Del Amo

 

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J'ai lu Règne animal d'une traite, ce roman est absolument fascinant. Et pourtant,  quelle vision de l'humanité atroce... Nous voici immergés dans le misérable quotidien paysan d'une ferme au début du 20° siècle, jusqu'à la guerre de 14, puis bond en avant, trois générations plus tard, au coeur de la même exploitation ou plutôt de ce qu'elle est devenue dans les années 80 : un élevage industriel de porcs. Une constante : des hommes sous le joug du travail, éreintés et malades, pas plus heureux en 1910 qu'en 1980, tour à tour victimes et bourreaux... C'est sordide, on se croirait dans La terre de Zola, et les animaux sont traités de manière ignoble, promis-juré vous n'achèterez plus de viande de porc après avoir lu ce roman. On atteint de tels sommets dans l'insupportable dans la seconde partie que cela en devient jubilatoire, et lorsque les hommes ne peuvent plus rien maîtriser on ne peut qu'attendre avec impatience le cataclysme final.

Et pourtant... c'est beau, ce texte est incroyablement beau. Avant tout parce que l'écriture de Del Amo est magnifique, travaillée sans virer pour autant à l'esbrouffe ou à l'exercice de style. J'ai été vraiment séduite par la richesse et la précision du vocabulaire, que de nuances dans les descriptions, que de justesse pour écrire les sensations, la douleur, l'âpreté de ces vies humaines sacrifiées au labeur mais aussi et avant tout pour dire l'horreur des conditions dans lesquelles sont élevées les animaux et la violence avec laquelle l'homme s'entête à vouloir contraindre la nature.

Et puis, échappent à la violence et à l'abjection, comme de courtes parenthèses en apesanteur, des échappées salvatrices vers la beauté d'une âme humaine ou de la nature. Eléonore, qui traverse le siècle, et Jérôme, le plus jeune descendant de cette famille incarnent ainsi l'une, la possibilité d'aimer sans restriction, et l'autre, l'attention portée à la nature, une nature certes limitée dans ces campagnes faites de champs sur-cultivées, mais où les insectes et les animaux sont encore, pour qui sait les voir, omniprésents.  

Entre sordide et sublime donc, un roman époustouflant.

Ed gallimard, 2016.

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