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De Marina à Jeanne ou de l'utilité de l'art contemporain trash dans nos vies.

Très bonne surprise que ce roman là, pourtant je n'avais pas forcément été très emballée par Les déferlantes qui avait fait connaitre Claudie Gallay. Mais avec La beauté des jours voici un livre apaisé et apaisant que nous offre l'auteur, tout en simplicité et douceur, en violence retenue aussi, et qui a le mérite de remettre à flot les évidences, de faire quelques piqûres de rappels salutaires.

Jeanne vit sa petite vie tranquille près de Lyon, elle travaille au guichet d'une poste, a deux grandes filles et un mari adorable. Son temps est rythmé par l'habitude, le lundi, piscine, le mardi, un macaron offert par son mari, le mercredi les courses et le ménage etc... A lire cela, on a la nausée, Jeanne serait-elle une morte vivante cadenassée avant l'heure dans une existence morne et étriquée ?... C'est oublier que nous fonctionnons tous peu ou prou ainsi, la plupart de nos vies sont normales et simples... Et c'est à nous (oui je sais je fais ma doneuse de leçons là, et certains diront que je ferais mieux de m'occuper d'abord de mon cas) d'y impulser peps, joie, nouveauté, et de rendre aux jours sa beauté. A la façon des enfants peut-être, des fous ou des artistes...

Jeanne fait partie de ces êtres secrets dont la vie extérieure ne révèle qu'une petite partie de leur intimité. Sa vie est certes en apparence très monotone, mais cette petite personne possède un vrai regard sur les êtres et les choses. En retrouvant une photo de Marina Abramovic' , une femme radicalement différente d'elle, à la fois dans son mode de vie, son travail et ses relations aux autres, une artiste survoltée et jusqu'au boutiste, une nana dérangeante qui met à l'épreuve son corps et sa vie dans ses performances, Jeanne se met à interroger sa vie, à oser, du petit pas, jusqu'au grand écart. 
Accompagnant  Jeanne accompagnée elle-même par la figure tutélaire de Marina Abramovic', j'ai à mon tour revisité ma vie, mes relations avec mes proches, mon quotidien. Que faut-il oser dans une existence? Que faut-il remettre en cause? Que faut-il garder, et que faut-il casser? Et surtout comment ne pas gâcher le temps qui nous est donné? Quand un roman parvient à créer un aller-retour entre vous et ses personnages, à parler de vous  à travers les autres, et bien moi je trouve que c'est gagné.

Ajoutons que les personnages secondaires qui gravitent autour de Jeanne sont très réussis, et éclairent en contre-jour ou en miroir le personnage féminin principal. La famille de Jeanne, qui vit dans une ferme à la campagne, et en particulier la figure du père, insuffle ainsi dans le roman une violence et une dureté qui manquerait sans doute autrement. La copine de toujours, Suzanne, rappelle aussi, comme en négatif par rapport au couple de Jeanne, oh combien l'amour est une passion qui peut ravager.

Certains, je les entends déjà, vont affirmer que ce roman est d'un ton qui frôle la niaiserie, et qualifier sa simplicité, dans la forme et le fond, de cul cul la praline. Ils vont dire en ricanant que la littérature n'a pas pour vocation de nous enliser dans ce que l'on connait déjà et que les petits riens de la vie ordinaire, merci, on en a soupé.
Ben moi je réponds que parfois l'innocence revendiquée a du bon, et que la lumière jaillit souvent de l'épure. Je leur dis aussi que ce roman parle de l'art et de sa place dans nos vies, de sa force de questionnement, et de son essentielle importance. Parce que justement nous ne sommes pas tous des artistes, et que ceux-ci permettent , comme Marina Abramovic' le fait pour Jeanne, de soulever le voile de nos vies parfois étriquées, d'interroger et d'éclairer notre quotidien, nos relations, nos amours et même, allez, puisqu'aujourd'hui je suis un peu grandiloquente, de vivre avec davantage de force l'alignement des jours. 

Elle avait sans doute gâché des choses. Manqué de beaux moments. Perdu du temps. Des jours. Sans doute aussi qu'elle n'avait pas osé tout ce qu'elle aurait dû. Sans doute qu'elle avait été entravée.
Mais elle était là.

 

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Photo issue de la performance de Marina Abramovic'          “Rhythm 0, 1974”