La beauté des jours de Claudie Gallay
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Propre ou la chronique d'une tragédie annoncée.
Ce roman chilien est excellent, addictif, ramassé et tendu vers une fin tragique annoncée dès son ouverture. Au fil des chapitres qui se déroulent sur une durée de 7 ans nous traquons les indices qui vont expliquer la mort d’une fillette qui a également 7 ans. Ce dispositif littéraire crée une tension incroyable, d'autant plus que le dénouement tant attendu ne donne pas complètement la clé de de ce qui s’est passé. La fin reste ouverte, le lecteur s’interroge encore, ce qui renforce le malaise et le suspens malsain qui s’installent tout au long du récit.
Propre c’est d’abord une voix. Celle de Estela, bonne à tout faire d’un couple bourgeois, femme de ménage, gouvernante, nounou. Son arrivée dans la maison coincïde avec la naissance de celle qui sera appelée “la petite” tout le long du roman. D’où vient cette voix, à qui parle Estela, du banc des accusés au tribunal, du parloir d’une prison? Ou tout simplement de ce lieu secret du roman qui porte une parole vers le lecteur? Estela nous parle, nous apostrophe, nous prend à partie, se confie, impossible de se défiler. Nous sommes pris dans le filet serré de son discours.
Propre c’est aussi le récit des frictions entre les classes sociales et des injustices intolérables qu’elles engendrent. Le roman fait craquer le vernis bien pensant de la bourgeoisie à laquelle appartient le couple chilien. Au fil du roman Estela observe, dissèque, dévoile et dénonce sans avoir l’air d’y toucher, de manière factuelle, l’hypocrisie et l’inhumanité des nantis envers leur domestique. Une chambre à coucher qui ressemble à une cave sans fenêtre donnant sur la cuisine, des vexations incessantes que l’on encaisse, les tâches harassantes qui font le quotidien, Estela a tout l’air d’une esclave enfermée dans cette maison prison. Certes le maquillage de la maîtresse de maison reste “propre” mais ce n’est qu’une apparence, son attitude, sa relation à la bonne sont bien sales, dénuée d’empathie et d’humanité. Estela est chargée de faire comme si rien n’était, de tout nettoyer, de faire disparaître la crasse au propre et au figuré et de tout supporter sans rien dire.
Enfin Propre suit les relations ambigües entre Estela et la petite fille qui naît lorsque la bonne arrive dans la maison et qui a 7 ans lorsqu’elle meurt noyée dans la piscine. La petite est-elle une insupportable gamine pourrie gâtée, ou une l’enfant malheureuse née de parents trop indifférents, dénués de véritable amour et de tendresse pour leur enfant? Tour à tour Estela est le bouc émissaire de cette petite mal élevée et l’enfant de substitution chérie qu’elle n’a pas eu. Leur relation oscille entre ses deux positions, le lecteur se trouve pris dans cet intervalle où tout vacille.
Propre est tout cela à la fois, c’est un roman percutant chargé d'une violence contenue, un roman que l'on n'oublie pas.
Propre, éditions Robert Laffont, collection Pavillons
Traduit de l'espagnol par Anne Plantagenet