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Gros souci avec ce roman.... Une lecture sur ce fil tendu entre je déteste ou j'adore, il se fout de la gueule du lecteur ou il y croit vraiment, il n'a rien à dire ou il écrit là un texte essentiel?

C'est vrai j'ai été partagée durant ma lecture entre énervement et admiration. Pénible sensation parfois que l'auteur fait du remplissage et brode autour de son sujet, par exemple dans cette scène du colloque à Lyon, où en tant qu'invité, Reinhardt tente d'être drôle et se souvient de son exposé raté sur le roman puzzle, roman dont il est en train justement de nous fournir un exemple. Le narrateur, évidemment double de l'écrivain, énerve aussi, ce dandy parisien qui ne se prend pas pour une queue de cerise tout en mettant en avant une modestie trop modeste pour être crédible, frisant le ridicule. Oui Reinhard énerve, il se la pète, avec ses poses d'esthète sensible planant au dessus de la populace.

Pourtant Reinhardt possède un sujet, il veut faire part d'une expérience, la partager. La chambre des époux est un récit de mort et d'amour, de maladie et de guérison, de désespoir et de création. Ou comment le cancer de la femme aimée devient l'ennemi à abattre grâce aux outils de la création. Ou comment, pendant que Margot enchaîne chimiothérapie, opération et rayons, son compagnon d'écrivain, pour la soutenir dans son combat, et répondre à sa demande, finit son roman Cendrillon. Cette expérience de vie, Eric Reinhardt va la redéployer dans le champ romanesque en imaginant un autre texte, enchâssé dans le récit autobiographique, où un compositeur accompagne à son tour sa femme malade en créant une symphonie. La même expérience vue par le prisme de l'autotoficition puis du roman quoi, avec tous les jeux de miroir, de réécriture, qui permettent de creuser et de dire de manières différentes les différentes facettes d'une expérience. C'est assez fin et brillant cette construction narrative, c'est très habile, notamment quand on glisse imperceptiblement d'un niveau à l'autre de la narration.

Et puis au fil de cette lecture admiration aussi, total respect pour l'écriture de l'écrivain  Reinhardt, pour la musique de ses phrases, la cadence de celles-ci ; pour la précision des images et du vocabulaire qui creuse la pensée ; pour l'impression finalement de grande sincérité qui se dégage de ce texte, grâce à un style travaillé et exigeant. 
Je tranche donc. La chambre des époux s'avère au final un très beau texte, servi par une écriture superbe. Un texte boomerang comme je les aime, qui questionne, qui interroge l'amour, la sexualité et le désir. Et un hommage vibrant à la femme aimée, à la vie et à l'art, et à une certaine conception du couple qui dure, véritable rempart contre la méchanceté de la vie.

Ed Gallimard, 2017.