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Les premières pages s'ouvrent sur l'évocation du bonheur perdu, sur quelques années parfaites passées à Miami par Paul, joueur de pelote basque et narrateur du récit. Le roman s'achève sur le désespoir le plus noir, le poids de la fatalité ayant rattrapé Paul à l'âge de 44 ans. Il se dégage ainsi de ce roman une infinie tristesse, une atmosphère délétère et morbide qui m'a laissée toute chose longtemps après sa lecture. J'ai assisté avec empathie et révolte au lent naufrage de Paul Katrakilis, le personnage du roman, englué dans le poids de l'héritage héréditaire, et dans l'incapacité de s'extirper du destin familial vécu comme une fatalité. J'ai eu souvent eu envie de le secouer, de lui crier Pars, fuis, personne n'est obligé de répéter la triste vie de son père, de son grand-père, de sa mère et de son oncle, tous suicidés sans raisons apparentes.... rien n'y fait, le lecteur est impuissant face au compte à rebours romanesque et au terrible engrenage mis en place par Jean-Paul Dubois. 

D'un côté l'énergie du sport et des corps, mis en scène dans le jeu de la pelote basque, l'adrénaline des compétitions, l'exaltation des paris, la vie facile au bord de l'Océan à Miami, une histoire d'amour que l'on attendait pas et lumineuse....de l'autre, l'ennui d'un métier que l'on a pas choisi -la médecine-, la maladie et la mort comme seules compagnies, la mémoire du passé qui déborde et englue. La balance n'est pas équilibrée, et la seconde partie du roman, poignante, ressemble à un long glissement vers la mort annoncée. Ca fait froid dans le dos.

Un roman drôlement bien mené je trouve, au fil d'une écriture fluide et visuelle. Ca avance bien, le tout se lit comme un thriller intime et familial. Très réussi.

Ed. de l'Olivier, 2016