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Je vais essayer d'oublier mes griefs contre Gallimard qui a coupé l'herbe sous le pied de Stock, et surtout sous celui de Luc Lang qui méritait à mon humble avis mille fois plus le Goncourt que Leïla Slimani. Non que Chanson douce soit un mauvais roman, non, il est plutôt réussi dans son genre, mais bon, Au commencement du septième jour, bon sang, c'est autre chose, un autre souffle, un autre travail sur la langue.

Passons....

La folie ordinaire, juste là, tapie à nos portes, dans nos appartements douillets, tel est le thème de Chanson douce. On entre d'ailleurs dans le roman comme on entre en guerre, dans un champ de bataille, confronté dès le tout début à l'horreur insoutenable : le meurtre hyper-violent de deux jeunes enfants par leur nounou qui tente ensuite de se suicider en se poignardant. Le roman revient alors au départ de l'histoire, le compte à rebours est commencé, et un suspens morbide pèsera jusqu'à cette fin que nous savons inéluctable. Sous cet aspect- là, Chanson douce est très réussi, à la manière d'un thriller, la romancière instille au compte-gouttes un climat étouffant dans son récit, chronique d'un massacre annoncé.

Revenons donc au départ.... Un jeune couple aisé embauche Louise, la quarantaine, pour s'occuper de ses deux petits enfants. Peu à peu, la nounou prend une place dingue dans le quotidien de la famille, dort souvent sur place, part en vacances en Grèce avec elle, s'occupe de presque tout. Si Louise connait tout de ceux pour qui elle travaille, le contraire en est loin. Sous un intérêt poli de surface, un vernis policé, le couple n'en a rien à faire de la vie de Louise, de ses soucis et de sa vie. Elle est transparente, n'existe que par les services qu'elle rend et le travail qu'elle effectue. Le lecteur, lui, est peu à peu renseigné, au fil de courts chapitres qui disent l'essentiel : Louise vit das une solitude effarante, veuve, elle n'a plus un sou, est criblée de dettes, et surtout a déjà fait un long séjour en hopital psychiatrique pour mélancolie délirante. Au fil de courts chapitres au plus près de la vie matérielle, du quotidien, de ce qui fait le cours menu de l'existence, l'auteur bâtit une chronique sociologique de la vie ordinaire, évoque les rapports de classe sous-jacents qui relient employeurs et employée et la lente dérive d'une femme étouffée par le manque de fric et la dépression. Et lorsque la nounou, dans un habile renversement des relations prend peu à peu le dessus sur ses patrons en se rendant indispensable, tout se dérègle évidemment.

Chanson douce est un récit efficace,  qui ne s'embarrasse pas de psychologie inutile, et dont l'écriture précise et nette souligne combien ceux que nous côtoyons au plus près demeurent un mystère. Un roman prenant quoi, le temps d'une lecture, mais qui manque à mon sens de chair et d'émotion pour toucher vraiment. Un Goncourt malin, facile à lire, un peu dérangeant sans plus, qui fera un bon cadeau de Noël.

Ed Gallimard, 2016.