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Hommage à la mère disparue, ode à la vie et à l'amour, ce roman espagnol m'a vraiment murmuré à l'oreille. Ca commence par des propos un peu superficiels sur le temps qui passe, on se demande où l'auteur veut nous mener, et sur quel pied danser, et peu à peu un ton, une ambiance à la fois douloureuse mais aussi excitante se met en place, on tombe sous le charme. Blanca, 40 ans, enterre sa mère... Préparons-nous tous à ça, le temps viendra. La douleur est immense, le temps du deuil peut commencer. Epuisée, elle décide de rejoindre la maison familiale de Cadaques sur la côte espagnole, accompagnée par ses deux ex-compagnons, ses enfants, ses deux amies les plus chères. Son amant, marié, viendra au passage la voir aussi puisqu'il est en vacances à côté en famille. Le temps d'un été, les souvenirs se mêlent au présent, ressurgit le visage de la mère tant aimée mais aussi parfois détestée, la personnalité si affirmée de cette femme se dessine. A la mort s'oppose l'élan de vie, comment le retrouver et le retenir? Tout d'abord, par ses manifestations les plus basiques, violentes et physique à savoir  le sexe et la jouissance... A ma connaissance, la seule chose qui ne donne pas la gueule de bois et met entre parenthèses la mort -comme la vie- c'est le sexe. 
Ca aussi ça passera remue l'essentiel de la vie, ce qui mérite de vivre quoi. L'amour, la joie de désirer et de jouir, l'amitié, la relation à ses enfants, la beauté d'une rencontre, la splendeur d'un paysage, la chaleur de l'été. Tout ce qui s'oppose à la destruction du temps, à la mort, à la disparition de nos proches. Voici un roman léger et profond à la fois, qui au fil de la pensée de Blanca nous ramène au coeur de ce qui vaut la peine. Cette pensée se déroule au fil d'une écriture fluide, monologue intérieur, scènes et dialogues se mêlent avec naturel, essayez ce n'est pas facile de rendre le flux de la conscience avec ses détours et ses coq à l'âne, avec ses décrochages et ses circonvolutions.
Je me suis demandée, oui je me suis demandée, si un homme pouvait aimer  ce roman, tant les thèmes brassés semblent féminins. Le monde est vu ici à travers les yeux d'une femme, et bien sûr le monde masculin, les hommes qui côtoient Blanca, tour à tour désirables ou ridicules, lâches ou rassurants. C'est bien un regard féminin qui les détaille dans leur façon de se vêtir, qui est sensible à leurs gestes, à leur voix, et qui remarque ces petits trucs provoquant l' envie de les approcher et de les toucher. Mais ce genre d'interrogation est bête. D'ailleurs je connais au moins un homme, certes très sensible mais bon néammoins un homme....qui a adoré ce livre. A conseiller donc à tous, sans distinction de genre, à tous ceux qui blessés par la vie et déboussolés par le temps qui passe, cherchent encore et encore l'étincelle qui permet d'avancer.

Ed. Gallimard, 2015