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Un recueil de onze nouvelles reliées par la thématique la plus rabattue et pourtant la plus essentielle du monde, l'amour. Ou plutôt la fin de l'amour. On passe du désamour au deuil, de la fin d'une long vie passée côte à côte à la déception d'une rencontre d'un soir. Deux de ces textes sont franchement bouleversants, à pleurer. La première c'est L'été de l'attente, nouvelle qui tente de dire la stupeur de celle qui apprend la mort de Marie Trintignant, cognée par Bertrand Cantat, dans une chambre d'hôtel. Nouvelle sur la violence et la folie, sur la passion qui tourne au mauvais sang, et sur le vertige et le désespoir de celui qui ne peut croire à ses actes, à ce cauchemar. Et Brigitte Géraud exprime exactement la peine, l'émotion que j'ai pu ressentir cet été-là. J'aime passionnément Bertrand Cantat, comme artiste, auteur, chanteur, leadeur de Noir désir. Je suis retournée le voir récemment sur scène avec son groupe Détroit. Je ne lui en veux pas, je ne peux pas, j'éprouve toujours de la peine et de l'empathie pour lui, pardonnez-moi. Et j'aime toujours le chanteur qui sur scène casse tout, dégage un charisme de dingue, gueule encore tout ce qu'il peut. Un ange déchu, un survivant, un anti-héros. Tout est dit dans ce texte : l'incompréhension, la compréhension...."Tuer n'empêche pas d'être en deuil".

La seconde nouvelle, celle qui m'a arrachée des larmes c'est Dire aux enfants. Apprendre aux gosses l'inachevé, leur déciller les yeux, leur montrer en actes que l'amour n'est pas éternel, que tout passe et s'efface. Les obliger, petits voyageurs sacs à dos sur le dos, à changer de maison deux ou trois fois par mois ou par semaine, à jongler dans les emplois du temps, dans les plannings, dans les un week-end sur deux. Trahir nos promesses, trahir leur confiance. Mais peut être aussi leur montrer que le choix est toujours possible, qu'on a le droit de vivre, et heureusement, plusieurs amours dans une vie, même en les ayant eu eux, les enfants. Leur enseigner, à leur dépens, la liberté. 
Alors oui, l'amour est très surestimé, car il se casse toujours la gueule, faudrait le savoir toujours à l'avance non? Sans pour autant le dédaigner quand il se manifeste, au contraire, il faudrait d'autant plus profiter de lui et le chôyer, de savoir qu'il ne va pas forcément durer. J'arrête, je crois que les nouvelles de Brigitte Géraud, me font causer beaucoup trop de moi, mais bon, la littérature à quoi ça sert si elle ne nous ramène pas vers nos vies, si elle ne vous parle pas de vous?

Ed Stock, 2007