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Livre à mi-chemin entre le recueil de nouvelles et le roman, Peine perdue suit une pleïade de personnages - 22 exactement - rassemblés autour d'une intrigue commune : le tabassage d'Antoine, jeune homme un peu paumé qui travaille dans un camping, retrouvé devant l'hopital en piteux état. Chaque chapitre se focalise ainsi sur un personnage de près ou de loin impliqué dans cette affaire, pour donner au final une radiographie éclatée d'une communauté resserrée, rassemblée dans une petite station touristique près de Marseille, qui vivote durant l'hiver en attendant la grande migration touristique.
Olivier Adam excelle dans le récit court, son premier livre Passer l'hiver, hommage discret à Raymond Carver, m'avait fait sangloter. Je me souviens très bien de la première nouvelle intitulée Pialat est mort...On sent ici le talent de l'auteur pour saisir en peu de pages la personnalité et l'existence de ses personnages, puisque chaque chapitre pourrait finalement être isolé de l'ensemble, il s'agit pour chacun d'un moment de vie d'un anti-héros ordinaire, plus ou moins empêtré dans sa vie, dans son couple, sa famille, et qui se débrouille comme il peut pour avancer. Le texte concernant Marco, se rapprochant de Nino le petit garçon de sa compagne, est ainsi très sensible, à fleur de peau. De même le chapitre sur Serge, le père de Antoine, qui aborde les relations complexes et conflictuelles entre père et fils...Au final on se fiche pas mal de l'intrigue centrale, l'enjeu du récit n'est pas là, pas dans l'architecture et l'effet d'ensemble, mais dans les arrêts sur images, les détails, et les portraits successifs. 

Par petites touches, Peine perdue reconstitue ainsi des vies ordinaires, dans un coin bien précis et ancré, mais qui se veut le miroir de la société française actuelle, et de sa jeunesse. Les petits boulots, la débrouille, bref le quotidien de beaucoup. Ce côté sociologique n'est pas l'aspect le plus réussi du roman, mais beaucoup plus emballant quand même que dans Lisières, le précédent récit de l'auteur. Ici le propos est distillé de manière beaucoup plus légère, pas de grands discours dans la bouche des personnages, seulement des faits, des conversations, assez justes ma foi. Certes l'écriture, volontairement simple et épurée, je la trouve parfois un peu lourde, cherchant inutilement la formule, et quand Olivier Adam veut faire "peuple" il n'y réussit pas toujours.
Mais quand même, il sait trouver le détail qui fait sens et mouche, la petite parole qui bouscule ou touche au coeur, et ses personnages sont bien présents. Un livre à la veine réaliste qui vaut la peine d'être défendu. CQFD.

ED. Flammarion, 2014