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Roman du vide et de l'ennui, Standart explore l'absurdité d'une certaine condition contemporaine, la solitude de l'individu urbain, l'inhumanité du monde de l'entreprise ainsi que la misère sexuelle et affective de l'homme moderne... des thèmes magnifiquement abordés par Houellebecq dans les poèmes du Sens du combat ou encore dans L'extension du domaine de la lutte.

Le « standart » en question, dans ce roman, c'est Bruno, breton de trente-cinq ans vivant en banlieue, employé dans une usine de composants électroniques à Paris, emmuré dans sa petite vie dénuée d'ambition et de rêves, à la sexualité chiche et onaniste se limitant à des conversations hot et payantes au téléphone. Un monsieur tout le monde un peu con, un peu débrouillard, à l'intelligence pratique, désabusé et détaché de tout, lucide aussi quand il s'agit de considérer le peu de sens de sa vie. Il fait partie de cette masse silencieuse qui ne vote pas, qui ne pense pas, persuadée que tout se vaut, et qui ne sent pas concernée par les décisions politiques... Bruno veut juste garder son boulot, continuer à mener son existence sans passion, sans envie, sans couleur ni saveur, répétitive.
Vraiment ? Bruno a pourtant sa faille, son talon d'Achille à lui... incarné par la belle Marlène, ancienne copine du lycée pro, femme fatale de village, vamp vaguement putassière... Marlène dont le souvenir incandescent le hante parfois et vient visiter ses fantasmes. Cette fille, c'est celle qui détonnait dans l'univers adolescent tristounet de Bruno et de ses potes, la nana libérée ou en tout cas qui voulait le faire croire, et tant pis pour les clichés... Marlène, promesse absolu d'un plan sexe délirant. Mais voilà, Bruno n'a pas osé, le fantasme s'est barré, reste la frustration et la peur des femmes.

Alors quand Marlène revient en Bretagne, tout s'emballe. Bruno retrouve le désir et l'envie... la conquérir, la séduire, l'avoir quoi, devient une obsession, même si persiste comme un sale goût la conviction d'une catastrophe annoncée...
Dans Standart Nina Bouraoui s'empare avec brio du langage qui colle à ses personnages, que ce soit avec le discours intérieur de Bruno qui en voulant enfin adhérer à sa vie et recouvrer l'envie court à sa perte, ou avec la parole de Marlène, figure à la fois détestable et pathétique de la femme arriviste et paumée, en passant par les conversations brutes de décoffrage avec Gillou, le copain resté en Bretagne, compagnon de beuverie, ou encore le discours hypocrite et formaté du monde de l'entreprise... Une écriture polymorphe pour capter avec minutie la vie et les différents états intérieurs de ces gens ordinaires.
Un récit prenant, qui capte l'air du temps, mais qui nous renvoie aussi à nous-même en pointant l'universalité de la condition humaine.

Ed. Flammarion, 2014